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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 16:55


Je n’ai pas pour habitude de commencer un récit de course  par le résultat et le classement mais dans le cas présent cela s’impose car j’en suis si  fier et tellement heureux  !!

Ma course 

De Chamonix aux Contamines, 31ème  Kms

Il est 16h30 ce vendredi 28 Août 2009 et je m’installe sur la ligne de départ, très peu de monde encore ce qui me permet de m’asseoir et surtout de positionner mes jambes  pour éviter toute fatigue inutile. Le temps passe assez vite : je discute longuement avec Sébastien Ferrano qui fait aussi parti du team Lafuma, puis d’autres coureurs que je connais arrivent tout doucement, le speaker et un groupe musical nous font patienter de façon agréable.A18h, tout le monde est présent sur la ligne, ils sont tous là, plus ou moins détendus !! Les caméras et photographes ne les épargnent pas .On vérifie pour une première fois mon sac, rien à signaler concernant le matériel, à la pesée, la balance annonce 2.0000kg, poids minimum autorisé ! Cela paraît invraisemblable et pourtant ! A 18h20 la foule de Chamonix s’enflamme car la musique de Vangélis nous pénètre d’émotions ! Les speakers ainsi que le discours de MME Poletti  ne font qu’augmenter cette atmosphère si particulière ! Les 30 secondes qui précèdent le départ ne peut être exprimé par des mots, c’est comme chaque année un mélange de pensées qui vont à 100 à l’heure !!!

A 18h30 le départ est alors donné,(http://www.youtube.com/watch?v=TlCAoJIXAno),  pas trop d’embouteillage pour moi et quasi aucune perte d’énergie inutile à freiner ou à éviter un trailer. Ce qui me surprend toujours dans les ultras ce sont ces coureurs qui vous doublent à une allure vive, j’ai chaque fois envie de leur demander où ils vont, si ils sont en retard pour leur train ! Dés le départ je me mets dans ma course et ne fais pas l’erreur de me baser à un autre coureur ou groupe de coureur. Je me branche immédiatement à l’écoute de mon corps conditionné pour cet ultra, ce  qui me donne automatiquement mon allure .Une allure initiale qui doit être fluide, détendue, régulière et qui doit éviter de faire monter le coeur à plus de 140. J’évite les changements de rythme jusqu’au Houches pour un bon réveil musculaire, les petites descentes ou raidillons se font à la même allure en trottinant. Arrive alors les Houches en 35 minutes environ, pas d’arrêt, j’ai encore assez de boisson pour le col de Voza ! Ici au départ du col je retrouve les esprits un peu  excités du début, peut être déjà une fatigue qui s’installe pour eux, pas bon. Je trottine sur toute la montée, ce qui me permet de doubler beaucoup de trailers qui eux marchent avec les bâtons .Je me suis demandé un instant si c’était raisonnable de courir mais ce doute fut effacé très rapidement en me basant une nouvelle fois à l’écoute de mon corps. Le cœur calme, les jambes très légères, le souffle régulier, pas de transpiration excessive, donc que des éléments qui me réconfortent. On se dit un mot sympa et d’encouragement avec Pascal Blanc ou Jérôme Challier dans la montée, je suis aussi surpris de doubler Pascal Giguet ou Topher Gaylord .J’avais décidé de ne pas prendre les bâtons pour cet ultra, car je n’ai fais aucun entraînement avec,  et de plus j’ai privilégié   l’économie maximale d’énergie du haut du corps, peut être une erreur de choix pour la fin du parcours ! Au col de la Charme en 1h22 tout va bien alors, je poursuis cette petite traversée avant d’entamer l’infernale descente sur St Gervais. Je suis confiant je ne m’emballe pas à nouveau même si je vois Vincent Delebarre, mon ami Gapençais à 400 mètres devant ! Une piste de ski qu’il faut gérer au maximum pour éviter les jambes coton entre St Gervais et les Contamines ! Cette descente de 1000 négatifs est longue, sur le bas je croise Sébastien Talloti  qui m’encourage et me dit quelques mots très rassurants. 

A St Gervais,  la foule est là pour vous encourager, c’est énorme comme ambiance, vous êtes portés sur 500 mètres par leur enthousiasme, trop beau, je suis content de saluer Jean Claude BANFI . Il est alors 20h28 et stoppe 1 minute pour sortir ma frontale et remplir mes bidons .Je ne connais pas à ce moment là mon classement et ne cherche surtout pas à le connaître car pas du tout indicatif de quoi que se soit à seulement 21 Kms du départ ! Le principal est de me sentir bien, sans aucune fatigue, c’est le cas ! A la sortie de St Gervais je retrouve alors le calme qui me permet de me  recentrer sur mon effort, 10 Kms et 400 de positif avant de rejoindre le prochain village des Contamines ! Je cours sur l’ensemble de cette portion, ce qui me permet de doubler encore 5 coureurs dont Kristin Moehl, première féminine et Sébastien Chaigneau. Les contamines sont à l’image de St Gervais pour l’ambiance, c’est exceptionnel. Ici il est 21h29, ma famille , mon frère Claude et ma belle sœur Béa ainsi que mes amis Fanny, Perrine et Christophe sont là pour m’encourager  et m’aider à me changer. Je profite de les remercier du fond du cœur pour cette assistance apaisante ! Mon frangin m’annonce 10éme au classement, je suis plutôt surpris mais pas d’enthousiasme déplacé ! Je me ravitaille et fais mes réserves de gels que j’ai prévu jusqu’à Courmayeur ! Je repars au sec avec un tee-shirt manche longue et une polaire dans le sac. Je garde le short car il fait bon. J’ai à la main un sandwich jambon gruyère que je grignoterais au fil des kilomètres.

 

Des Contamines, 31ème  Kms à Courmayeur, 78ème  Kms

Psychologiquement une étape est franchie aux Contamines car on rentre littéralement dans l’épreuve de la nuit, de la montagne, du silence et peut être des doutes !

Au passage de Notre Dame de la Gorge encore une belle  animation qui vous prend les tripes et le public est là pour me bouster sur ces grosses dalles de pierre, pour ceux qui connaissent le lieu !! Je passe encore en courant, ce qui me permet de doubler Dawa qui m’indique qu’il songe arrêter car pas de jambes, il me souhaite bonne course, merci. Juste avant le ravitaillement de la Balme au 39ème je rejoins Sébastien Chaigneau puis Samuel Bonodo. Une soupe vermicelle, deux verres de coca et je fais le plein des bidons. Ils me repassent alors devant, il est 22h33. Le brouillard est de plus en plus serré et devient au bout de 10 minutes un peu stressant car je n’y vois pas à 10 mètres, les balises postées à 100 mètres les unes des autres ne permettent pas de suivre le chemin de manière très sure. Ce qui m’a aidé est de connaître  cette portion mais cela dit je me sentais bien petit !! Je redouble Samuel, on s’encourage mais on reste très concentré  dans ce brouillard qui vous enlève certes la vue mais qui vous plonge dans un silence absolu ! A 20 minutes du col j’entame pour la première fois une marche rapide, les mains derrière le dos, bloquées par un bracelet  élastique mis au poignet : Je glisse mes deux mains à l’intérieur ce qui permet de libérer et reposer le maximum mes bras, de plus cela me donne une position naturelle vers l’avant Arrive alors le col du Bonhomme à 2679 mètres d’altitude , il reste cette traversée pas facile pour rejoindre le refuge de la croix du Bonhomme, je repars en courant, le brouillard est toujours mon seul compagnon ! Je passe le refuge à 23h37 et reste 1000 de négatif pour rejoindre les Chapieux à 1549 d’altitude. Cette descente reste difficile, je ne vois aucune balise mais peu de risque de se perdre, je branche ma lampe Petzl MYO RXP en position maximale 140 lumens pour limiter les risques d’entorse, je suis très bien en jambe et je me laisse un peu aller ! Vers le milieu de la descente le brouillard se dissipe, c’est un  grand soulagement psychologique et même physique car beaucoup plus détendu musculairement ! L’ambiance se fait sentir là bas en bas, je vois les lumières du hameau et j’entends ce public passionné ! J’arrive alors au Chapieux au 50ème Kms à minuit 10 soit 5h40 de course  avec Seb Chaigneau à 1min d’intervalle .Ce passage aux Chapieux est toujours très réconfortant de part la chaleur humaine que l’on retrouve, tout le monde vous bichonne et vous réconforte. De plus au pointage électronique j’ai la joie d’embrasser Anne Marie Arpin,  gérante de l’auberge de la Nova des Chapieux, exceptionnelle ! On me contrôle à nouveau mon sac et le poids (2,592, normal j’ai la polaire dans le sac !). Juste le temps de me ravitailler et je repars alors 3 minutes plus tard, je remarque que Seb est toujours là et on se fait un signe de la main.

L’étape suivante est donc le col de la Seigne à 2516 d’altitude avec le passage à la ville des glaciers. Anne Marie m’indique aux Chapieux que le col est sous le brouillard avec du froid et du vent !

7 Kms de bitume et 300m de positif, je remets ma lampe au minimum et je me détends au maximum en relachant les bras, je reprends une allure de course régulière, finalement c’est un peu reposant de faire de la route, je me laisse mener tranquillement à la ville des glaciers ou se situe le départ du sentier pour le col. Aucune lumière de frontale devant mais un peu normale car je sais que le brouillard ne vas pas tarder à pointer son nez, alors que derrière je sens les lueurs de Seb. Je fais environ la moitié du col en courant puis comme prévu à nouveau ce brouillard à couper au couteau. Je suis alors seul en pleine nuit à 2000 m, l’angoisse de me perdre est un peu présente car je sais que cette montée est très large et une erreur de bifurcation peut très vite arriver ! Chaque fois que j’arrive sur une balise que je devine à seulement 10 mètres un petit soupir de soulagement et m’engage à nouveau à l’aveuglette en croisant les doigts pour tomber sur la prochaine. On oublie dans ces moments là l’effort et la fatigue, le seul but est de ne pas se perdre ! Objectif réussi quand je vois une lueur à l’image de la lune derrière un nuage ! C’est en fait le poste de ravitaillement du col de la Seigne. Je suis heureux de voir quelques personnes. Au pointage électronique on m’annonce 4ème, j’ai une caméra sur moi, je suis très surpris  et leur dis qu’il y a un souci car aux Chapieux j’étais 9 et que seul le brouillard pouvait être à mon avis responsable de cela ! J’appréhende vraiment la descente que je connais car il y a des chemins dans tous les sens et l’espace est très large. Je bascule alors coté italien  sur la gauche, je fais environ 400 m sans voir aucune balise, mon dieu que dois-je faire, je regarde à droite à gauche, j’évite de paniquer mais pas facile et décide de reprendre le chemin inverse pour retrouver le poste. Dans ma tête tout s’emballe, mes jambes deviennent coton par le stress de se perdre, je revois alors la haut la lueur du poste et j’entends des cris, je pensais qu’ils m’étaient destinés pour m’indiquer que je m’étais trompé. En arrivant au poste je percute tout de suite qu’il fallait prendre à droite et je me retrouve avec les  trailers égarés. Je suis très rassuré finalement même si j’ai perdu une dizaine de minutes, de me retrouver avec Vincent Delebarre, Scott Jurek, Julien Chorrier et Pascal Parny qui pointent à 1h50 au col. On entame alors la descente tous les cinq, Vincent prend les devants car il connaît très bien le secteur. Mon cœur reprend son rythme, j’essaie d’oublier rapidement cette montée d’adrénaline et me remets dans la course, tout va bien .Le brouillard s’estompe  peu à peu avant le plateau qui nous mène au refuge Elisabeta A ce moment là  je me retrouve devant avec Scott pour entamer la descente en direction du lac Combal, point de ravitaillement. Il est alors 2h11.Chacun se ravitaille, pour moi c’est soupe, coca, abricot. Un petit mot à Isabelle et hop je repars et vois déjà 3 frontales bien devant, je me dis qu’ils n’ont pas traînés au ravito ! J’ai appris bien plus tard que Vincent avait stoppé au lac Combal. Une portion de plat de 3 Kms permet de se remettre en jambes pour l’ascension de l’arête Mont Favre. Au départ de cette ascension je rejoins Pascal Parny, sympa et très humble, on décide de faire la montée ensemble, ne connaissant pas le parcours il préfère que je mène l’allure. On a tendance à négliger cette portion mais une montée pas facile car on est déjà  conditionné pour la longue descente qui suivra ! Une frontale revenait tout doucement sur nous, il s’agissait de Sebastien Chaigneau, on franchit alors tous les trois le pointage de l’arête Mon Favre en 2h58. A ce moment la c’est l’image de Courmayeur qui nous vient à l’esprit, il suffit de garder une allure de course sans se faire mal. Au passage du col de Chécrouit à 3h28,  rien à signaler, une soupe et c’est reparti toujours tous les trois dans l’ultime descente sur Dolonne. Je préfère cette nouvelle portion de descente par rapport aux années précédentes, à l’image des sentiers du Grand Raid De  La Réunion, très technique, pentu et serpenté, que du bonheur ! Arrive alors les rues de Dolonne, c’est plutôt bon signe quand à Courmayeur la nuit est encore bien présente et que seul le bruit de vos pas font écho dans ces rues étroites. Il est 4h00 du matin soit 9h30 de course pour 78 Kms, mon assistance est-elle là ?, mon ami Mau du Team Lafuma est la dans la zone de ravitaillement de l’assistance, c’est toujours très réconfortant de le savoir présent. A priori un peu de retard pour mon assistance qui a du se lever très tôt de Chamonix ! Pas de souci et je reste zen, je monte les escaliers pour rentrer dans le centre sportif , base de vie ou je me ravitaille, deux cafés, soupe, un peu de chocolat, deux compotes. Je ressors avec Pascal Parny du centre pour pointer électroniquement la sortie, il est 4h04. Et là Fanny de mon assistance (ils venaient d’arriver) m’appelle et me demande de retourner sur la zone prévue, j’y vais juste  pour faire un coucou à tout le monde et pour les rassurer de mon état de forme assez bon même si la fatigue s’installé confortablement ! .Je rebois un petit café, mange deux cuillères de confitures et je repars, je ne vois plus Pascal et me dis qu’il a du partir devant, j’ai su ensuite qu’il était derrière et qu’il a arrêté à Bertone, bien dommage, il m’avait demandé dans le centre si de mon coté je pensais me faire masser, peut être a-t-il eu des douleurs musculaires..

 

De Courmayeur, 78ème Kms à Champex, 123ème  Kms

La coïncidence a voulu que je reparte avec Sebastien Chaigneau, la partie  goudronnée obligatoire pour traverser Courmayeur nous accueille, encore sous le silence des lampadaires ! Je sens une fatigue générale à ce moment là envahir mon corps, les  marches d’escalier de la ville me rassurent pas!. J’ai chaud mais malheureusement une chaleur synonyme de fatigue !!, on passe devant les dernières maisons avant l’ascension vers le refuge Bertone. La fontaine est toujours bien présente, je dis alors à Seb de continuer, que j’ai un coup de moins bien et que je reviendrais peut être sur lui plus tard. Je tiens à le remercier pour toute l’attention qu’il m’a portée sur notre portion commune et le féliciter à nouveau pour sa remontée vers la deuxième place ! Je m’asperge pratiquement de tout mon corps en espérant que la fraîcheur me tonifie et me réveille, je bois beaucoup d’eau froide mais par expérience je sais que ces comportements sont de très mauvais signes ! Je repars pour 700m de positifs, je ne trottine plus et me mets en position de marche rapide dans un premier temps puis lente et très lente. Au milieu de l’ascension l’allemand Uli Calmbach qui finit 4ème me double, je le sens bien, voir très bien dans une allure régulière avec ses très longs bâtons. Alors que du mon coté rien ne va plus, je n’y arrive plus, la fatigue  me paralyse, que dois-je faire ? Dormir un moment sur le chemin ? Continuer jusqu’au refuge au risque d’exploser complètement ? Une larme glisse le long de mon visage, on se sent si seul dans ces moments là surtout que la nuit est encore bien présente ! ! Mon corps décide de s’allonger de tout son long au bord de ce chemin étroit en lacets, mes yeux se ferment et je respire profondément .Mais au bout de deux minutes j’ai encore assez de lucidité pour analyser mon acte et me dis qu’en restant inactif j’allais m’endormir et que le trailer de derrière ne me réveillerait peut être pas ! Je décide alors de me relever et de marcher tranquillement jusqu’au refuge. Pas simple mais heureux de me pointer à Bertone  à  5h21 en 7ème position Un accueil très  chaleureux est présent, un médecin me demande si tout va bien, je lui réponds que mon seul souci est que j’ai envie de dormir, je m’assis sur un banc, une dame me met une couverture sur les épaules, puis une deuxième car je grelotte un peu et me frictionne un peu le dos, ça me fait tellement du bien quand on se sent en péril de retrouver un contact humain, de l’attention, de l’affection, de la compréhension !! Une autre dame me prépare un grand café et je mange trois sucres blancs, je fais un micro sommeil avec le café dans les mains, peut être 15 ou 30 secondes, je ne sais pas mais réparateur! Je rebois un café et me rappelle dire à ce petit groupe qui me réconforte que je fais confiance à l’horloge biologique et que je languis alors le lever du jour pour réduire en partie cette fatigue pesante qui m’anime ! Encore un grand merci à toute l’équipe de Bertone qui m’a remis en partie  sur les rails du refuge Bonatti. Je repars alors de Bertone avec une reprise de confiance en moi et je me sens moins épuisé. Je cours tout doucement mais je cours donc c’est positif,  cette partie aérienne est roulante et assez facile à courir, aucune partie technique, ce sentier taillé dans la prairie est souple. J’ai encore la frontale mais les souvenirs de cette portion en plein jour avec le soleil me traversent l’esprit, c’est trop beau avec le panorama montagneux qui vous tend les bras !! Allez je reviens dans ma course, j’arrive alors à Bonatti à 6h30, un peu moins d’une heure pour faire 7.5Kms, finalement j’ai limité la casse ! Je ne m’attarde pas ici en sachant que mon assistance est à Arnuva, 4Kms plus loin. Le jour se lève, psychologiquement c’est une grande première victoire car je suis toujours dans la course la frontale éteinte !!Encore une petite traversée et je commence la descente assez raide sur Arnuva que je surplombe, le sentier est très humide et glissant car la pluie avait du faire des siennes quelques heures auparavant ! Un nouveau contrôle de mon sac dans les lacets, tout va bien. J’entends au bas des encouragements qui me sont destinés, ça fait chaud au cœur. J’arrive alors à Arnuva à 7h11, toujours 7ème  au 94ème kms. Fanny et Christophe sont là. Ce point d’assistance était important pour moi car je me suis mis en tenue de jour, j’enfile mon  haut sans manche avec mes manchettes, je leur laisse ma polaire même si on m’indique un temps pourri au Grand col Ferret avec pluie, vent, très froid et encore brouillard. Je quitte mes lunettes de vue pour les remplacer par des lunettes de soleil. Je me ravitaille, soupe, café, compote. Merci aussi à Lydia, Fred, Mau.. qui ont pris soin de moi. Le japonais Tsuyoshi Kaburaki qui finira 3ème arrive pendant mon ravitaillement, il ne s’arrête  quasiment pas  et repart même avant moi du poste!   Le Grand Col Ferret est au fond là bas, recouvert de nuages menaçants ! Allez c’est reparti pour une nouvelle ascension italienne  avant de retrouver la Suisse. Je ne me sens pas en super forme mais nettement mieux que dans la montée de Bertone, aucun souci gastrique, je me mets dans ma position de marche avec une allure normale de marche. Au refuge Elena, Isabelle  et serge Moro m’encouragent et prennent quelques photos, ils venaient du col   mais ils étaient postés là pour s’abriter du froid et de la pluie. Il restait 2.2 Kms et 500m de positif pour rejoindre le col. Il fait en effet très froid avec une pluie sous forme de crachin et du vent glacial, un menu météo pas très appétissant ! J’ai mes gants de soie dans le sac mais j’ai les doigts tellement engourdis que je n’aurais pas pu les mettre. Arrive le Grand Col Ferret à 8h20 à 2516m d’altitude, je suis alors 8ème. Je blottis mes mains dans celles bien chaudes du contrôleur environ 30 secondes avant de basculer coté Suisse. Je ne m’attarde pas car il fait en effet très froid mais je ne suis pas très inquiet en sachant que le temps est clément plus bas. Je commence alors la descente vers la vallée en direction de la Fouly. Le sentier est assez reposant avec une  douce pente. Mon corps tient le coup mais je ne suis pas très confiant, une lucidité brumeuse, des jambes assez coton. Avec du recul j’ai compris que s’installer en moi tout doucement une grosse hypoglycémie, je pense que le froid a contribué à cet état. Quinze minutes de descente et je croise un caméraman qui me  demande s’il peut faire un bout de chemin avec moi pour me filmer, je lui réponds favorablement et l’informe déjà de mon état de forme fragile ! Je n’ai pas encore à ce moment là la présence d’esprit de manger, je vais le regretter !! Et je continue, même la descente devient difficile, je me laisse aller sans dérouler correctement les jambes qui rasent le sol. Là je percute, mon cerveau tire la sonnette d’alarme, il me faut du carburant, j’ai que des gels dans mon sac mais je sentais que j’avais besoin de solide. J’arrive à la Peule et là surprise, pas de ravito, et oui ce poste avait été supprimé depuis deux ans, grosse erreur de ma part lors de ma préparation ! Le caméraman est toujours là et fait de temps à autre quelques séquences ! je lui dis que ça ne va pas , que j’ai faim, qu’il faut que je mange . Il n’a rien dans son sac, il en est désolé et compatit, il tente de me réconforter en me disant que la Fouly est à 15 minutes mais connaissant le parcours je sais qu’il reste 6 Kms, dur !! L’hypoglycémie est bien présente et j’en suis confiant, et c’est mon seul problème, de taille certes ! Ce qui me rassure c’est que j’ai vraiment appétit.. Je languis de croiser des randonneurs pour leur demander un petit truc à grignoter ! Mais il est encore assez tôt, 9h ! Finalement une personne me donne deux pommes, je les dévore !! Rien ne va plus, je me mets à tituber sur le chemin, je m’assois 30 secondes sur une pierre au moment ou le français Lionel Trivel et le japonais Yokoyama Minehero qui finiront respectivement 5ème et 6ème me doublent.. Je les encourage et garde tout de même le moral car je suis convaincu  que le ravitaillement suivant me permettra de recharger les batteries, c’est dans des moments comme cela que l’expérience de l’ultra peut aider !!  Je repars, je sais que mes proches sont là à 2Kms, tellement important psychologiquement.  Enfin je rejoins le bitume  du village, et je craque nerveusement quand je vois le ravitaillement  au loin, le public ressent ma détresse physique, je ne retiens pas mes larmes qui évacuent mes grosses difficultés de cette portion ! Aucun tabou dans de telles situations…Mes proches sont là, merci ! J’ai pas du les rassurer à ce ravito de la Fouly, le premier ou je suis vraiment à la ramasse !! Il est alors 9h38 au 108èmekms. Je fais un véritable repas, riz, thon, jambon tomates, quiche, compote, yaourt, merci Béa. Il reste 60 bornes, ça va être dur, mes proches me rassurent en me disant que la fatigue est aussi bien marquée sur les visages des trailers de devant. Le japonais Kenichi Yamamoto qui finira 8ème passera devant durant ma pause !  Mon arrêt de 14 minutes me fait vraiment du bien, les batteries ne sont pas pleines mais mon corps et l’esprit se retrouvent en harmonie pour repartir en direction de Champex .La météo est bonne, température idéale, une portion de 10Kms de plat descendant me permet de me remettre dans une allure de course, je ressens  des sensations correctes et surtout une très bonne lucidité, je retrouve la maîtrise de mon corps ! Belle surprise à Issert en voyant mes proches que j’ai pu rassurer .Je traverse la route et débute la montée de 400 positif, merci à la famille Guillon qui m’encourage. Je me sens relativement bien et alterne course marche. J’arrive alors à Champex à 11h36 au 123ème Kms en 12éme position ! Je fais un arrêt assez court, juste le temps de me ravitailler, un contrôleur me proposa de mettre dans mon sac une balise satellite pour pouvoir me suivre sur Google Map, ensuite le speaker me tend le micro pour dire un petit mot et c’est reparti !

 

De Champex, 123ème Kms à Chamonix 166ème kms

Je repars alors de Champex à 11h41, je suis bien, pas de problèmes gastriques ni musculaires, la grosse fatigue est là mais je ne suis pas épuisé et j’ai un moral d’acier !  il fait beau et psychologiquement j’ai déjà un pas sur l’arrivée. Et oui pour moi c’est seulement à Champex que l’on peut commencer à imaginer franchir la ligne d’arrivée. Je me dis qu’il me reste un trail de 43 bornes à faire et 2500+, ni plus ni moins !! Je longe le beau lac de Champex qui me rappelle de bons souvenirs lors de reconnaissance, puis un faux plat descendant de 3Kms jusqu’au pieds de Bovine. Ah Bovine ! On n’en parle pas trop mais c’est à mon avis une des plus grosses difficultés avec la Flégère ! La montée est longue, 700 positif,  pentue, et très technique avec une multitude de marches très hautes à franchir ! Mais j’ai encore un peu des jambes ce qui me permets de doubler un trailer que je ne connais pas et qui a du abandonner, je lui demande si ça va et me dit qu’il est cuit ! Ma cadence n’est pas mauvaise et je franchis Bovine à 13h19. Ensuite une belle allure de descente pour passer le col de la Forclaz ou j’aperçois l’équipe du Team Lafuma qui m’encourage vivement, ça fait tellement du bien ! Puis je plonge sur Trient pour encore 500 de négatif. Je reste vigilent et très concentré pour éviter une mauvaise chute. Et là aussi mon expérience m’incite à privilégier la plus grande prudence dans la descente car je sais que la grosse fatigue augmente grandement les chutes ! J’arrive alors à Trient à 14h07 au 138ème Kms en 11ème position. Trois minutes qui me permettent de me ravitailler, mon assistance est toujours au top, puis Vincent Delebarre est là pour m’encourager aussi, merci ! Dans ma tête il me reste deux montées, les Steppes puis Flégère, si je passe la première je passerais automatiquement la deuxième même à plat ventre !! Je suis dans le même état physique que pour Bovine ce qui me permet de pointer  sans trop de casse à Catogne à 15h22. Le sentier est franchement agréable sur cette partie, presque reposant ! Sur la traversée avant de basculer sur Vallorcine, à la sortie d’un virage je vois  Scott Jurek assis sur une pierre, je m’arrête et lui demande ce qui ne va pas, il a des soucis gastriques. Je reste 1 minute avec lui et je l’incite à repartir avec moi en marchant. Il se lève  et on repart ensemble. Puis petit à petit j’ai repris mon chemin de course, j’étais ravi qu’il puisse finir cette course. J’ai drôlement apprécié la nouvelle descente sur Vallorcine sans la route forestière ! Je sens à nouveau que la très grosse fatigue m’envahit !!J’arrive à Vallorcine à 16h01 en 9ème position suite à l’abandon de Julien Chorrier que je tiens tout de même à féliciter pour sa course. Je peux dire que la portion Champex Vallorcine s’est relativement bien passée. Je fais peut être à ce moment là l’erreur de me relâcher un peu en me disant que c’est gagné et pourtant il reste encore 19 Kms et 1000 de positif après 21h de course ! Le col des Montets avec ses 400m est très régulier et très peu pentu et pourtant j’alterne un peu marche et course, j’accuse le coup, c’est dur, mon Dieu que c’est dur ! Le compte à rebours est dans ma tête et la ligne aussi, c’est ce qui permet de tenir ! Je traverse la route au col et je lève la tête vers la tête aux vents, plus que toi à franchir, j’évite de penser à cette montée que je connais, parfois je me demande s’il vaut mieux connaître ou pas le parcours surtout quand on est mortibus ! Bref, pas d’état d’âme et  l’objectif  prioritaire pour cette  dernière côte est de ne pas s’arrêter .Les marches à franchir et la pente alimentent la difficulté. Je regrette vivement sur cette partie les bâtons car j’ai plus rien dans les jambes, ils m’auraient soulager, c’est sûr !! On en voit jamais la fin de cette montée, de plus la traversée pour la tête aux vents puis sur la Flégère est très dur de part un chemin très accidenté, technique et pas du tout régulier. La cerise sur le gâteau est que je tape très fort l’orteil  gauche dans une pierre, je vous passe les détails sur les circonstances du choc, je tiens à remercier vivement les podologues du centre de soins à l’arrivée ! Je passe Tête Aux Vents à 17h50 puis à 18h21 à Flégère. A ce dernier pointage il reste que de la descente, 1000 m et 7Kms .Une personne  m’indique que derrière ça revient fort, qu’il est seulement à 3 minutes. Moi qui pensais rentrer tranquille à Chamonix ! Et bien non ! J’aurais eu la pression jusqu’au bout. Je m’aventure alors sur la piste de skis à vive allure, tout est relatif tout de même vu mon état ! Mais j’accélère tout de même ! Puis commence alors les lacets, de temps à autre je me retourne, c’est la première fois depuis le départ que je me soucis de ce qui se passe autour de moi, je veux tout simplement conserver cette 9ème place, c’est louable, non !!Un moment d’inattention et je retape cette fois mon pied contre une racine .je plonge  alors tête en avant de tout mon long, je tombe fortement et j’ai la chance qu’il n’y ait aucune pierre, juste des égratignures aux mains et les épaules un peu ébrouées ! J’ai eu chaud car le pire aurait pu se passer, je continue tout perturbé par ma chute et en même temps je vois la dessous Chamonix m’attendre !! Derrière toujours personne, j’arrive sur la partie en dur très large de la descente, ça sent bon l’arrivée. Et deux minutes après je pointe mon nez dans les premières rues de Chamonix en direction du centre ville .La fatigue est bien présente mais le bonheur finit par l’emporter et la mettre de coté, juste le temps de traverser ces rues chamoniardes noire de monde. Ce public m’acclame de tout cœur, je vois tous mes proches qui sont là, c’est fort, mon Dieu que c’est fort comme émotion. Je franchis cette ligne tant espérée par tous les coureurs qui prennent le départ ! Pas facile de mettre des mots sur te tels ressentis, c’est tout simplement MAGIQUE.


Le TOP 10 de l’UTMB 2009 en 24h43min! 9ème au scratch 3ème français !

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Published by Hervé GIRAUD-SAUVEUR - dans ARTICLES ET NEWS
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commentaires

darney olivier 02/01/2010 01:34


C'est fantastique de pouvoir lire des récits comme le tien car même si tu es un coureur d'un excellent nouveau, ça force l'admiration et on peut imaginer les doutes et les souffrances qu'on dû
vivre TOUS les participants de cet UTMB. Je rêve d'y participer et ton récit me donne encore plus l'envie d'y être en 2010. Je m'empresse de mettre un lien sur mon blog pour que d'autres traileurs
puisse profiter de ton vécu sur cette course mytique !
Olivier (http://darneyolivier.canalblog.com)


lamiricore 05/11/2009 14:27


Super Hervé,
toutes mes félicitations pour l'UTMB et l'endurance Trail des Templiers !
Je viens de lire ton interview sur Endurance mag ce qui m'ammène sur ton blog ...
Je suis FAN d'autant plus que tu vis dans le champsaur, pour un matheysin comme moi tu es un voisin ;)
Continue sur ta lancée ! Lache rien


Cyril 09/10/2009 14:03


Félicitations Hervé pour cette 9è place, ton récit est passionant.

Cyril
Objectif Ecotrail 2010
http://cyriloger.blogspot.com/


Lucas 22/09/2009 23:24



Salut Hervé!
Depuis le temps que je me dis qu' il me faut trouver ton mail pour te faire un petit coucou et t' envoyer toutes mes fellicitations pour ta grosse perf de fin août. Vraiment tu m' as impressioné
et ton arrivée c' était vraiment top! Finalement ta préparation n' importe quoi dont tu me parlais à La Chapelle quand tu es passé nous voir sur le défi a été bénéfique....Comme quoi toutes ces
théories, l' important c' est aussi de se connaitre. J' imagine l' émotion que tu as du ressentir à Cham! Déjà moi sur le CCC, c' est trop fort, alors là!!
Pour ma part l' année prochaine c' est sûr, je franchis le cap. J' avais jamais fait aussi long et vous voir arriver en plus, ça donne vraiment envie d' explorer d' autres limites.
Sinon autre chose. Ce soir en fermant l' usine, je me mets à taper la discute avec un gaillard qui me dit connaitre un mec qui tourne bien sur le long et s' appelle Hervé G.S. Truc de taré je lui
explique que tu es le cousin de mon ex belle-mère. Donc voilà, t' as le bonjour de Laurent Rougny!!!! Le monde est vraiment petit.
Allez à plus, bonne continuation, diagonale ou pas cette année?, encore toutes mes félicitations!!!!!!!!!!!!!!
Lucas



Skyrunner13 19/09/2009 08:57

SALUT HERVE,je n'ai jamais eu l'occasion de discuter avec toi, mais je suis tes perfs sur les trails de notre belle région tout au long de l'année. Là, je dois avouer que tu places la barre bien haut !!! B-R-A-V-O ! Pas une lettre de plus : 5 suffisent pour résumer ta performance de la course aux 4 lettres... J'étais à Lure et j'ai su que tu "mettais pied à terre", qu'importe, le plus beau était derrière toi.Bien sportivement et encore bravo à toiLAURENT

Hervé Giraud-Sauveur

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